Les nouveaux programmes mentionnent de faire des dictées quotidiennes de 15mn environ en lien avec l’EDL, en plus des dictées d’encodage qui entrent plutôt dans la lecture-production d’écrits. Je vous renvoie à l’excellent article de ma cybercollègue CPC ici : CLIC Mais moi je ne vais vous parler que de dictées en lien avec l’EDL. Cette nouvelle temporalité des nouveaux programmes va changer de la dictée préparée habituelle et chronophage avec son stock de mots à apprendre et ses leçons à appliquer.
Au cycle 2 :


La dictée réflexive est un outil pédagogique qui privilégie la réflexion sur le langage plutôt que l’évaluation. Elle fait partie des « dictées d’apprentissage » qui encouragent les élèves à comprendre et analyser l’orthographe des mots et des structures grammaticales. L’idée est de transformer la dictée en un moment actif : on écrit, on questionne, on explique, on corrige, en groupe ou collectivement, pour identifier les mots, formes ou accords à travailler.
Patrice Gourdet, chercheur en didactique du français, s’appuie sur la recherche REAlang qui explore l’enseignement de la langue et de l’orthographe à l’école élémentaire. L’approche de la dictée réflexive s’inscrit dans une posture didactique où l’on :
-met la langue en contexte (dictée, écriture)
-questionne, observe et raisonne (activité métalinguistique)
-articule ces moments avec des temps décontextualisés (exercices ou règles explicites).
Dans un document de cadrage, Gourdet explique l’intérêt de cette approche par rapport à la dictée évaluative traditionnelle : cette dictée permet à l’élève de se concentrer sur la réflexion orthographique plutôt que sur l’erreur. L’oral prépare l’écrit, les signaux sonores sont travaillés (singulier/pluriel, marques d’accord…), puis une dictée sur 4 jours, autour d’une difficulté ciblée, aide à automatiser les stratégies.
J’ai eu l’occasion de voir Patrice Gourdet en conférence sur « le verbe » et franchement, c’est un bonheur que de l’écouter ! C’est une autre histoire que de créer les dictées, avec le désir de s’appuyer sur ses principes et sur les mots fréquents en même temps. J’espère que s’il passe par ici, il se montrera indulgent !
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La dictée comme situation-problème et théâtre de la réflexion
Gourdet insiste sur le caractère apprenant de la dictée, où l’erreur installe un vrai problème à résoudre collectivement (plus qu’un échec à noter) : la dictée devient un espace où l’élève apprend à questionner, à repérer les signaux, à justifier les choix orthographiques, dans un contexte collectif et réflexif.

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Objectifs pédagogiques : pourquoi l’utiliser ?
–Apprendre en réfléchissant : la dictée devient une activité de découverte active, où les élèves utilisent leurs erreurs pour analyser et comprendre notamment les accords, les homophones, les terminaisons verbales. Cela permet de mémoriser les formes orthographiques pertinentes.
–Développer des stratégies de correction : les enseignants encouragent des stratégies telles que « questionner », « comparer », « justifier » pour que l’élève devienne autonome et capable de mobiliser des règles orthographiques.
–Préserver l’estime de soi de l’élève : contrairement aux dictées traditionnelles notées, la dictée réflexive se fait sans jugement immédiat, et valorise la compréhension et l’apprentissage. L’erreur devient une source de réflexion et de progrès.
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Ce qu’on attend de l’élève en dictée réflexive
- Une participation active : l’élève doit s’investir dans l’écriture, la discussion, l’écoute des hypothèses des pairs et la comparaison entre différentes graphies proposées.
- Utilisation d’un langage réfléchi : on attend de lui qu’il nomme les catégories (nom, adjectif, verbe…), repère les indices internes (genre, nombre, terminaison), et fasse des mises en relation.
- Capacité d’argumenter et de justifier : l’élève doit expliquer son choix orthographique, par exemple : « j’ai ajouté un -s parce que c’est le pluriel du nom », « j’ai mis à car c’est un lieu, pas le verbe avoir ». Pour cela, on peut utiliser le rituel de la phrase donnée du jour, où le texte écrit est déjà donné, pour réinvestir ce travail en dictée, à l’oral, et pourquoi pas à l’écrit au cycle 3, en justifiant ses choix orthographiques et en s’appuyant sur le langage grammatical.


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On peut également utiliser lors de la dictée (pendant ou après, lors de la relecture) les balles d’accord, comme dans le guide rouge CE1.

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Comparaison entre dictée traditionnelle et dictée réflexive
Dictée traditionnelle :
- Organisation : on travaille une leçon, on apprend des mots ou une règle, on s’exerce, puis on passe à une dictée finale (souvent assez longue).
- Objectif principal : vérifier la mémorisation d’une règle ou d’un stock de mots, pas toujours dans l’échelle de fréquence lexicale.
- Place de l’erreur : l’erreur sert surtout à mettre une note ou un code, elle est souvent perçue comme un échec.
- Posture de l’élève : plutôt passive → il restitue ce qu’il a appris par cœur, sans toujours comprendre pourquoi.
- Durée d’exposition : des séances de mémorisation et d’entraînement chronophages.
- Nature du travail : reproduction et entraînement → évaluation.
Dictée réflexive :
- Organisation : une même phrase est travaillée sur 4 jours, avec enrichissements progressifs (ajout d’adjectifs, variations sujet/verbe, expansions).
- Objectif principal : faire raisonner les élèves sur la langue, installer des automatismes orthographiques par la réflexion et la justification.
- Place de l’erreur : l’erreur est source d’apprentissage. On en débat, on la corrige collectivement, on en tire une règle.
- Posture de l’élève : active et réflexive → il doit écrire, comparer, justifier, débattre (« Pourquoi j’ai mis un -s ? », « Avec quel mot ça s’accorde ? »).
- Durée d’exposition : quotidienne et régulière (15 min par jour). L’orthographe devient un rituel quotidien au lieu d’un rendez-vous long et chronophage.
- Nature du travail : apprentissage et métacognition → l’évaluation n’est pas première, mais la compréhension et la stratégie, oui.
- Choix des mots : normalement, en lien avec un corpus étudié avec des points communs (mots de la même famille ou synonymes, antonymes, champ lexical -> lien avec le Vocabulaire) mais surtout, des mots basés sur la fréquence lexicale Eduscol (évidemment en sélectionnant les mots utilisés par des élèves).
Ce que la dictée réflexive apporte « en plus »
- Une mémorisation plus durable car l’élève réfléchit et justifie au lieu d’appliquer mécaniquement.
- Un entraînement quotidien : l’orthographe devient un rituel, ce qui installe des automatismes.
- Une meilleure compréhension de la langue : on construit une vraie conscience métalinguistique (accords, homophones, flexions verbales).
- Un climat plus bienveillant : l’erreur devient outil, pas sanction.
- Un rôle actif de l’élève : il apprend à expliquer, argumenter et à coopérer dans les échanges collectifs.
- Une différenciation naturelle : comme le débat et la réflexion sont collectifs, chacun contribue selon ses forces (certains trouvent la règle, d’autres observent les terminaisons, etc.).
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Une progression sur plusieurs jours
Mes choix : une dictée réflexive se déroule sur 4 jours autour d’un même énoncé de base, enrichi progressivement (ajout d’adjectifs, expansions de phrase, etc.), permettant un cheminement dans la réflexion orthographique ou reproduit pour fixer des automatismes : vous verrez que c’est le cas des homophones étudiés chacun en décalage. Ex : pour ses/ces, on traite d’abord les phrases avec « ses » et plus tard dans l’année avec « ces ». Le titre n’est qu’un repère pour l’enseignant.
Chaque semaine abordera un point précis du programme d’orthographe grammatical. Chaque jour, une phrase un peu plus complexe que la précédente (ajout d’un adjectif, transposition au pluriel…) ou une phrase déclinée sur le même modèle, pour créer des automatismes. On démarre d’abord sur des mots où les accords sont sonores (on entend le « -te » de « verte » par exemple, et on s’en sert ensuite pour écrire « vert » avec le « -t » muet.
Après chaque phrase dictée :
- Dictée : la première tentative des élèves (ils écrivent la phrase dictée en réfléchissant). Ils peuvent échanger en binôme.
- Un débat métalinguistique pour guider la réflexion collective (voir phrase donnée du jour : on justifie ses choix).
- Copie : la copie du modèle correct affiché ensuite (phase de mémorisation orthographique).
- Score : l’auto-évaluation quotidienne (comptage de points de réussite).
Evidemment, je me suis appuyée sur la fiche de Patrice Gourdet, je n’ai rien inventé : CLIC
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Avec ma collègue, on a pris quelques heures pour réfléchir et construire quelques dictées pour le cycle 2. C’est largement perfectible, c’est une première ébauche à tester, on le partage en toute modestie, mais ça donne une trame et des idées en cas de panne d’inspiration. Ces fiches sont pour l’enseignant, elles ne sont pas à donner aux élèves. Eux feront la dictée sur un cahier, échangeront en binôme (conflit socio-cognitif) puis travailleront avec l’enseignant lors de la mise en commun ; puis, ils calculeront le nombre de réussites par rapport au nombre de mots ; et enfin, ils recopieront la dictée au propre.
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Et voici 24 semaines de dictées réflexives cycle 2 faites par moi :


Un « merci » fait toujours plaisir 🙂
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Mon article propose une synthèse de ce que j’ai retenu de ma formation avec Patrice Gourdet, illustrée par des exemples de mise en oeuvre créés sans piller le travail de qui que ce soit. Il est sûrement perfectible et ne s’inscrit pas dans une démarche d’appropriation.
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Voici 30 semaines de dictées réflexives en CE1-CE2 faites par ma collègue enseignante.
Ses choix : ses dictées réflexives se déroulent sur 4 jours autour d’un même énoncé de base, enrichi progressivement (ajout d’adjectifs, expansions de phrase, etc.), permettant un cheminement dans la réflexion orthographique ou reproduit un énoncé de base pour fixer des automatismes : vous verrez que c’est le cas des homophones étudiés chacun en décalage. Ex : pour ses/ces, on traite d’abord les phrases avec « ses » et plus tard dans l’année avec « ces ». Le titre n’est qu’un repère pour l’enseignant. En fait, elle a voulu inclure aussi les points du programme en orthographe autre que les accords, ainsi que d’autres points grammaticaux et de conjugaison qu’elle traitait en classe avec ses élèves parce que ça leur avait posé problème ; d’où son choix de reproduire parfois un énoncé de base en changeant les mots sur l’axe syntagmatique pour fixer un contenu. Pareil, quand elle a pu, elle a démarré par des mots où les accords sont sonores (on entend le « -te » de « petite » par exemple, et on s’en sert ensuite pour écrire « petit » avec le « -t » muet.


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N’hésitez pas à partager les vôtres.
Sources : Prim50 académie de Normandie, site de l’IFE, Scolagram, Prim50
Sylvie Hanot, conseillère pédagogique, Cafipemf généraliste et LVE
Mes publications :
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80 Comments
Eli
13 avril 2026 at 12h34Merci beaucoup pour le partage…
Un retour en cycle 2 se profile pour l’année prochaine…
Et ce fonctionnement m’intéresse beaucoup…
Nina
5 avril 2026 at 15h38Merci beaucoup pour le partage c’est super intéressant comme entrée ! Je pense m’en servir avec mes cm1 ne serait-ce que pour le raisonnement et la réflexion 😉
Cathy
4 avril 2026 at 8h39Super
Je pense m en servir en p5 avec mes cp. Est ce que tu laisse 1 trace au tableau des dictées de la semaine pour qu’ils puissent repartir du travail fait la veille?
Ou pas?
Véronique
3 avril 2026 at 17h41Merci pour le partage, c’est très intéressant. Mais par contre, cela suppose de travailler la mémorisation d’un stock de mots en parallèle, comment articuler tout cela et trouver du temps pour tout ?
supermaitresse
3 avril 2026 at 22h08Ce sont des mots fréquents et souvent rencontrés dans les livres de lecture ou de littérature. Donc oui, il faut les travailler en orthographe lexicale , en lien avec le vocabulaire, donc, dans le cadre de corpus de mots (mots de la même famille, champ lexical, polysémie etc …)
Véronique
5 avril 2026 at 13h12Merci pour ta réponse, j’avoue que je trouve intéressant d’enseigner les mots par régularités orthographiques en cycle 2. Mais les dictées réflexives peuvent s’y associer. Merci pour le partage.
supermaitresse
5 avril 2026 at 17h34C’est une excellente idée, en effet. j’ai acheté le livre sur les régularités également. Tu le connais ?
Véronique
11 avril 2026 at 17h54Oui, j’ai commencé à l’utiliser en classe. Je dois approfondir ma pratique cet été mais j’aimerais associer ce travail à la pratique d’une dictée réflexive.
Isa
5 janvier 2026 at 20h43merci beaucoup pour ces précieuses ressources !
Sophie
5 janvier 2026 at 19h05Bonjour, les dictées de cycle 3 m’intéressent ! Merci beaucoup !
Lolo
10 janvier 2026 at 18h41Bonjour, Merci beaucoup pour ce partage. Je me permets de vous demander si cela existe pour les CM1/CM2.
supermaitresse
14 janvier 2026 at 19h01Bonjour, non je n’ai pas eu le temps 🙂
Patricia
3 avril 2026 at 20h14Merci beaucoup! C’est exactement ce que je cherchais! Quel travail!
Fanélie
5 septembre 2025 at 10h11Bonjour, je suis très intéressée de découvrir cette méthode réflexive pour le CE2. Puis-je obtenir le fichier SVP?
supermaitresse
6 septembre 2025 at 18h10Bonjour, tout est téléchargeable directement.
Takia
1 décembre 2025 at 12h30Merci beaucoup pour cette reflexion et ces informations.
Ces dictées réflexives semblent en effet intéressantes. J’ai des cm cette année mais j’ai vu que Christall’école en avait publié. Il n’y a à priori que la période 1 où elle a pris une phrase pour 2 jours et non 4 comme vous.
Merci beaucoup.
Sophie / sage
3 septembre 2025 at 15h28Je suis intéressée par ce fonctionnement (cycle 2 et 3 ) pour mes élèves de 3e cette année, afin de retravailler autrement ce qu’ils ont appris mais ne savent plus (segpa), sophie /sage
supermaitresse
3 septembre 2025 at 21h32Coucou Sage, je t’envoie ça 🙂
Virginie Randazzo
3 septembre 2025 at 9h10C’est super !! Je pratique déjà dans ma dictée quotidienne ces échanges et réflexions mais un petit travail sur chaque spécificité quotidiennement sera un plus !! Merci beaucoup !! Je veux bien le lien pour télécharger les tiennes !! Merci pour ce super travail !!
Simon
3 septembre 2025 at 8h14Bonjour, votre travail m’intéresse beaucoup. Je cherche depuis plusieurs années comment améliorer ce temps de dictée avec mes élèves qui progressent peu dans l’année. Votre démarche a l’air très intéressante. Je serai ravi de pouvoir le tester avec ma classe de ce2.
Vinot Stephane
3 septembre 2025 at 2h54Bonjour, les Dictées de cycle 3 m’intéressent ! Merci beaucoup !
Virginie
2 septembre 2025 at 6h30Bonjour, je vous remercie pour toutes ces explications. Je suis intéressé par la version ce1/ce2 et cm1/cm2.
Je vous remercie
Elodie
1 septembre 2025 at 22h44Bonjour,
Merci pour tous ces partages!
Enseignante en SEGPA, je serais intéressée par tes dictées réflexives (cycle 2 et cycle 3). Cela me permettrait d’adapter les supports selon le niveau des élèves.
Magali
1 septembre 2025 at 22h39Bonjour,
Je me pose beaucoup de questions sur comment faire l’orthographe et des dictées notamment depuis la parution des nouveaux programmes. Je me suis dit : « tiens que propose supermaitresse ? » et je tombe sur cette article ! Je serais très intéressée par le travail de ce1-ce2. Pourriez-vous me l’envoyer ? Je vous remercie.