Mon article propose une synthèse des attendus des programmes, illustrée par des exemples de mise en oeuvre tirés de mes formations. Il ne s’inscrit pas dans une démarche d’appropriation. Ces dictées de réflexion sont inspirées du travail de Patrice Gourdet. Merci à lui pour toutes ses pistes lors de ses formations, j’espère en avoir été digne dans ce travail. Merci à Nathalie Leblanc pour ses documents de synthèse, suite à la formation de Patrice Gourdet + Manulex et au collectif EDL de la mission Maîtrise de la langue 06 pour cette fiche de prep bien ciblée.
EDIT 2026. J’en profite pour une mise à jour, parce que je parlais effectivement dans cet article de « la phrase donnée du jour », de « dictée négociée » et de « phrase qu’on enrichit » en 2025. Je n’ai jamais écrit qu’elles étaient des dictées réflexives, mais je comprends que la formulation ait pu le laisser penser. Je précise donc, et j’ai corrigé les documents. La phrase donnée du jour n’est pas une dictée réflexive. Dans l’une, la phrase est déjà écrite correctement sous les yeux de l’élève : il analyse et justifie. Dans l’autre, il doit produire l’orthographe sans modèle : il décide, il prend un risque, et c’est ce risque qui rend l’erreur féconde. Je m’en sers en réinvestissement, sur des semaines où la dictée réflexive est en pause. La dictée négociée n’est pas non plus une dictée réflexive et ne la remplace jamais. Les quatre jours de la semaine suivent le protocole individuel. La dictée négociée apparaît une fois toutes les six semaines, comme temps de débat collectif, et elle n’évalue pas : une production faite à plusieurs ne dit rien de ce que chaque élève maîtrise. L’évaluation individuelle, c’est le J4, une phrase nouvelle de même structure, dictée sans annoncer qu’il s’agit d’une évaluation. La phrase qu’on enrichit. Ma première version faisait bouger plusieurs choses à la fois, ce qui dispersait l’attention. Je l’ai refaite : un seul enjeu grammatical par semaine, un seul paramètre qui change par jour, et un lexique volontairement pauvre et répétitif pour qu’aucune rétroaction lexicale ne vienne concurrencer l’accord. Ce n’est plus une phrase qu’on enrichit, c’est une phrase qu’on fait varier. Ces dictées dataient de juillet 2025. C’était un premier jet réalisé en un après-midi, partagé pour dépanner des collègues si besoin, et il était perfectible, je ne prétendais rien d’autre. Depuis j’ai relu, j’ai corrigé, et je publie la version revue. L’avantage, c’est que je vais pouvoir expliquer tout cela dans mes constellations, en racontant toute cette histoire qui montre qu’on ne cesse de progresser après un premier jet, surtout lorsqu’une fiche de prep est aussi ciblée !
Les nouveaux programmes mentionnent de faire des dictées quotidiennes courtes en lien avec l’EDL, en plus des dictées d’encodage qui entrent plutôt dans la lecture-production d’écrits. Je vous renvoie à l’excellent article de ma cybercollègue CPC ici : CLIC Mais moi je ne vais vous parler que de dictées en lien avec l’EDL. Cette nouvelle temporalité des nouveaux programmes va changer de la dictée préparée habituelle et chronophage avec son stock de mots à apprendre et ses leçons à appliquer.
Au cycle 2 :


Précisions nouveaux programmes EDL orthographe + grammaire : 3h, pas plus !

La dictée réflexive est un outil pédagogique qui privilégie la réflexion sur le langage plutôt que l’évaluation. Elle fait partie des « dictées d’apprentissage » qui encouragent les élèves à comprendre et analyser l’orthographe des mots et des structures grammaticales. L’idée est de transformer la dictée en un moment actif : on écrit seul, puis on corrige et on justifie ensemble.
Patrice Gourdet, chercheur en didactique du français, s’appuie sur la recherche REAlang qui explore l’enseignement de la langue et de l’orthographe à l’école élémentaire. L’approche de la dictée réflexive s’inscrit dans une posture didactique où l’on :
-met la langue en contexte (dictée, écriture)
-questionne, observe et raisonne (activité métalinguistique)
-articule ces moments avec des temps décontextualisés (exercices ou règles explicites).
Dans un document de cadrage, Gourdet explique l’intérêt de cette approche par rapport à la dictée évaluative traditionnelle : cette dictée permet à l’élève de se concentrer sur la réflexion orthographique plutôt que sur l’erreur. L’oral prépare l’écrit, les signaux sonores sont travaillés (singulier/pluriel, marques d’accord…), puis une dictée sur 4 jours, autour d’une difficulté ciblée, aide à automatiser les stratégies.
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Objectifs pédagogiques : pourquoi l’utiliser ?
–Apprendre en réfléchissant : la dictée devient une activité de découverte active, où les élèves utilisent leurs erreurs pour analyser et comprendre notamment les accords ou les terminaisons verbales. Cela permet de mémoriser les formes orthographiques pertinentes.
–Développer des stratégies de correction : les enseignants encouragent des stratégies telles que « questionner », « comparer », « justifier » pour que l’élève devienne autonome et capable de mobiliser des règles orthographiques.
–Préserver l’estime de soi de l’élève : contrairement aux dictées traditionnelles notées, la dictée réflexive se fait sans jugement immédiat, et valorise la compréhension et l’apprentissage. L’erreur devient une source de réflexion et de progrès.
Ce que la dictée réflexive apporte « en plus » :
- Une mémorisation plus durable car l’élève réfléchit et justifie au lieu d’appliquer mécaniquement.
- Un entraînement quotidien : l’orthographe devient un rituel, ce qui installe des automatismes.
- Une meilleure compréhension de la langue : on construit une vraie conscience métalinguistique des accords.
- Un climat plus bienveillant : l’erreur devient outil, pas sanction.
- Un rôle actif de l’élève : il apprend à expliquer et à argumenter.
- Une différenciation naturelle : l’écriture est individuelle, la correction est collective.
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D’autres dispositifs dont les compétences vont aider les élèves en dictée réflexive
La capacité d’argumenter et de justifier avec la phrase donnée du jour : l’élève doit expliquer son choix orthographique, par exemple : « J’ai ajouté un -s parce que c’est le pluriel du nom », « j’ai mis à car c’est un lieu, pas le verbe avoir ». La phrase donnée du jour n’est pas une dictée réflexive et je ne la présente pas comme telle. Ce sont deux dispositifs distincts et complémentaires. Dans la dictée réflexive, l’élève produit l’orthographe seul sur une notion précise : il décide sans modèle, il prend un risque, et c’est ce risque qui rend l’erreur féconde.
Dans la phrase donnée du jour, la phrase est déjà écrite correctement sous ses yeux : il n’a rien à encoder, il a à analyser et à justifier plusieurs faits de langue. Justifier une forme qu’on a devant soi et la produire soi-même ne sollicitent pas les mêmes compétences. Je m’en sers donc en réinvestissement, et sur des semaines où la dictée réflexive est en pause, pour faire travailler le métalangage sans ajouter la charge de l’encodage.
On peut également utiliser lors de la dictée (pendant ou après, lors de la relecture) les balles d’accord, comme dans le guide rouge CE1.

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Comment procéder ?
Sources : documents sur les formations de Patrice Gourdet -> CLIC
1) L’enseignant annonce l’objectif de la semaine, les élèves savent la notion qui va être travaillée.
2) Les élèves écrivent la phrase sur une feuille du cahier du jour et gardent la trace des jours précédents, c’est essentiel. L’élève voit ce qu’il a écrit hier et repère ce qui a changé aujourd’hui.
3) Les premiers temps, l’enseignant écrit la phrase au tableau en verbalisant à voix haute son raisonnement. C’est la phase modélisante, le temps fort de la séance. Puis, ce sont les élèves qui prennent en charge ce travail.
4) Chaque élève recopie la phrase juste en dessous de la sienne, colorie ses erreurs et compte ses mots justes : calcul des scores (réussites). La copie n’est pas décorative : c’est elle qui fixe le modèle par l’aller-retour entre le mot vu, lu et écrit.
Après chaque phrase dictée :
- Dictée : la première tentative des élèves (ils écrivent la phrase dictée en réfléchissant).
- Un débat métalinguistique pour guider la réflexion.
- Copie : la copie du modèle correct affiché ensuite (phase de mémorisation orthographique).
- Score : l’auto-évaluation quotidienne (comptage de points de réussite).
Evidemment, je me suis appuyée sur la fiche de Patrice Gourdet, je n’ai rien inventé : CLIC
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Le principe
Le français écrit est plein de marques qu’on n’entend pas : le -s du pluriel, le -e du féminin, le -ent des verbes … Si on commence par là, l’élève n’a aucun point d’appui. Alors on part toujours de ce qui s’entend. J’ai d’abord travaillé les féminins audibles, grande avant grand, petite avant petit. Puis, j’ai abordé le pluriel dans le GN et les pluriels verbaux qui s’entendent, sortent et partent avant chantent et jouent. Source : mon choix s’est appuyé sur les travaux de Patrice Gourdet regroupés ici : CLIC.
On installe le raisonnement sur du sonore, puis on le retire. Cette progression respecte le développement naturel des élèves : ils peuvent d’abord s’appuyer sur ce qu’ils entendent avant d’automatiser progressivement les marques purement graphiques. C’est le point que je trouve le plus intéressant dans la démarche, et celui qu’on oublie le plus souvent.
Une seule variable à la fois
L’autre règle que je me suis fixée en construisant ces cinq périodes est simple : entre deux jours, une seule chose change. Si je fais varier en même temps le sujet, le temps et le vocabulaire, l’élève ne sait plus ce à quoi il doit réfléchir. En ne bougeant qu’un paramètre, l’erreur devient analysable.

Image générée par l’IA à partir de mon tableau Word bien moins joli, mais réfléchi par moi-même.
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Le lexique : le choix des mots et l’orthographe lexicale
Une dictée réflexive travaille l’orthographe grammaticale. Si l’élève bute sur la graphie du mot lui-même, il n’a plus de ressource pour raisonner l’accord. J’ai donc construit les dictées à partir de la liste de fréquence de mots Eduscol et de la base Manulex, qui recense les mots réellement rencontrés dans les manuels. J’ai retenu les mots fréquents et réguliers : l’élève ne trébuche pratiquement jamais sur l’orthographe lexicale, son attention peut alors se concentrer principalement sur l’accord. En revanche, les adjectifs travaillés échappent volontairement à ce filtre : ceux dont le féminin s’entend, grand, gros, long, sont justement les plus irréguliers à l’écrit, et ce sont eux qu’il faut pour travailler le genre.
C’est en tout cas mon raisonnement, d’autant qu’on demande de travailler l’orthographe lexicale en lien avec le corpus de mots de vocabulaire. Rien ne vous empêche donc de changer les mots dans mes dictées, si vous les trouvez trop simples. Par contre, pour ne pas mettre les élèves en difficulté, vous ferez mémoriser ces mots à part, en orthographe lexicale. La dictée réflexive ne remplace pas le travail lexical, elle le suppose à côté.
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L’ancienne version
Si nos documents engageaient bien une réflexion sur l’orthographe et notamment les lettres muettes et les accords, nous avons oublié la composante principale : « du plus sonore au moins sonore », dont parle Patrice Gourdet. Il conviendra donc de les refaire en partant du féminin « sonore ». Je ne partais pas du sonore. C’est pourtant le principe central de la démarche de Patrice Gourdet : on installe le raisonnement sur ce qui s’entend avant de retirer le son. Le féminin avant le masculin, petite avant petit, les pluriels de verbes audibles avant les muets, dorment avant chantent. Mes semaines allaient un peu dans tous les sens. Je faisais bouger trop de choses à la fois. Ma toute première semaine changeait le genre, puis le nombre, puis ajoutait un adjectif. L’élève ne pouvait plus savoir sur quoi il raisonnait. Désormais, entre deux jours, une seule chose change. J’ai retiré les homophones. Ils occupaient douze semaines sur trente. Or le mot homophone n’apparaît pas une seule fois dans les programmes de cycle 2, et surtout un homophone n’est pas une chaîne d’accord : il n’y a rien à propager d’un mot à l’autre. Je les reprendrai dans un rituel séparé.

L’ancienne version
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La nouvelle progression
Ces dictées sont pensées pour une classe à double niveau : chaque phrase existe en version CE1 et en version CE2, avec une difficulté supplémentaire pour les CE2.
Pour le cycle 2, la logique est du groupe nominal vers le verbe, et à l’intérieur, du sonore vers le muet.
- Période 1, le genre dans le groupe nominal. D’abord le féminin qui s’entend (petite, longue, grosse), puis le féminin muet (jolie, noire, bleue), puis les adjectifs déjà terminés par -e (rouge, jeune).
- Période 2, le nombre. Le -s comme seule marque d’abord, les déterminants qui n’aident pas (mes, ces), le pluriel en -x, les noms déjà en -s, le pluriel en -al/-aux.
- Période 3, genre et nombre ensemble. Les deux chaînes d’accords se cumulent.
- Période 4, l’accord sujet-verbe. La 3e personne du pluriel audible (dorment) avant la muette (chantent), puis nous et vous, puis tu et je, puis les sujets reliés par et.
- Période 5, les marques de temps. Le présent de être et avoir, puis l’imparfait, le futur, le passé composé.
Le contraste par jour dépend de la période : en périodes 1 à 3 il porte sur le genre ou le nombre, en périodes 4 et 5 sur la personne ou le temps. Mais une seule chose change à la fois, toujours. J1 vers J4 va toujours du sonore vers le muet à l’intérieur de la semaine.
Colonne CE2 :on reprend la phrase CE1 avec un adjectif à fonction d’épithète en plus.
Les dictées se calent sur ma programmation d’étude de la langue, et si votre progression de classe diffère, réordonnez les semaines.
Et voici les 5 périodes de dictées réflexives CE1-CE2 revues :

Image générée par l’IA à partir de mon tableau Word bien moins joli, mais réfléchi par moi-même.

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Sylvie Hanot, conseillère pédagogique, Cafipemf généraliste et LVE
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207 Comments
Milie
15 août 2026 at 9h45Bonjour, Je suis vivement intéressée par votre démarche pour pouvoir l’adapter à ma future classe de CE1. Est-il possible d’avoir le document svp?
D’avance un grand merci et belle fin de vacance.
Léa
14 août 2026 at 18h50Bonjour. Merci beaucoup pour ce travail de qualité. J’ai utilisé le principe de la dictée réflexive avec graphemo et cette année je change de méthode. Pourriez-vous m’envoyer votre programmation de dictées afin que je l’adapte à ma réalité de classe svp ? Vous en remerciant par avance. Belle fin d’été.
Léa
14 août 2026 at 15h49Bonjour. Merci beaucoup pour ce travail de qualité. J’ai utilisé le principe de la dictée réflexive avec graphemo et cette année je change de méthode. Pourriez-vous m’envoyer votre programmation de dictées afin que je l’adapte à ma réalité de classe svp ? Vous en remerciant par avance. Bel fin d’été.