Retour sur notre intervention au KED 2025 avec Sandrine Brou, de La Trousse de Sobelle.
On pense souvent qu’avoir de l’autorité relève du charisme : et non, ça s’apprend, mais surtout ça se vit de façon consentie et sûr(e) de soi ! Le langage du corps a une grande importance, vous le savez : si vous n’êtes pas convaincue de votre démarche, le message ne passera pas.
Notre formation s’est appuyée sur ces lectures :

Voici ce que nous en avons retenu :
-« tenir sa classe » est nécessaire pour faire son travail correctement : dans le bruit, rien ne se fait, on ne peut pas réfléchir, échanger, s’approprier. Mais le verbe « tenir » renvoie à une image de dressage (« tenir en laisse, tenir les rênes, tenir quelqu’un … ») et évidemment, on ne veut pas faire de nos élèves des êtres soumis. Pourtant, « tenir le cap » relève bien de gestes professionnels : le moindre mot, le moindre geste contribuent à la réussite ou à l’échec de l’activité pédagogique.
-MAIS l’appropriation d’un geste professionnel passe par un engagement entier de la personne. Il faut y croire, se sentir légitime et solide dans ses connaissances et se laisser du temps. Pas de baguette magique. : les conseils que l’on va vous donner relèvent de la prévention. Les premiers instants sont capitaux, c’est là qu’il faut être infaillible !
Définissons d’abord ce qu’est l’autorité
L’autorité c’est alors avoir de l’influence sur les autres, au point que les conseils et même les directives données soient suivies et respectées. L’autorité est alors une condition du bien-être et du soin aux enfants puisqu’il s’agit de leur indiquer les limites et repères du monde dans lequel ils arrivent. (Bruno Robbes)
Mais l’autorité a d’autant plus de chance de se faire obéir qu’elle est consentie, qu’elle est librement reconnue. Elle trouve son fondement dans la relation de confiance que l’on va établir avec ses élèves.
Les résultats de l’enquête de Marie Beretti, enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation, révèlent un lien étroit entre autorité et confiance. Elle résume : « Les élèves réfractaires à l’autorité sont bien souvent les élèves en déficit de confiance ». Ainsi, l’autorité trouverait son fondement dans la capacité à instaurer une relation de confiance. Les élèves ne prennent pas le risque d’obéir s’ils ne sont pas convaincus que l’injonction à laquelle ils obéissent est juste et respectueuse de leur dignité.Tout l’enjeu de la construction de l’autorité est alors de construire un cadre sécurisant -> pyramide de Maslow.
Marie Beretti synthétise la position d’autorité en 3 compétences :
–Être stable : relève à la fois de la gestion des émotions (on ne se met pas à pleurer, on évite els explosions de colère impressionnantes) mais aussi de la constance, faire ce qu’on a dit, rappeler le cadre, même si cela prend du temps et de l’énergie. Chaque élève qui a envie/besoin d’appartenir à un groupe va suivre les règles et le groupe.
–La fiabilité ajoute l’idée que les enseignans sont des personnes ressources en cas de conflit par exemple : ils écoutent toutes les parties, prennent au sérieux les inquiétudes et arbitrent pour “rendre justice”.
–Être transparent. On pratique la pédagogie explicite en français, en maths, pourquoi pas dans le comportement ? Les élèves ne savent pas forcément ce que l’on attend d’eux, cela relève de l’implicite bien souvent, surtout pour les enfants rois qui n’ont pas appris les limites. Pratiquez aussi une pédagogie explicite pour le comportement et les attentes que l’on peut avoir. Voir mon article sur le GBG, le Good Behaviour Game, à ce sujet.
Pour tisser cette relation de confiance avec l’élève, la reconnaissance réciproque aura toute son importance. Avoir du tact dans ce que l’ont dit, cela a autant d’importance que le message. Le fait d’être méprisé·e, mal considéré·e ou étiqueté fait obstacle à l’obéissance consentie. Ainsi il s’agit aussi d’être formé à comment on s’adresse aux élèves, à ce que Eirick Prairat nomme le tact : ne jamais bousculer et faire violence aux élèves par ce qu’on dit et la manière dont on le dit.
Les besoins des élèves
Vous ne pourrez pas « tenir votre classe » si les élèves sentent que leurs besoins ne sont pas respectés. Voir la pyramide de Maslow.

-Assurer les besoins basiques (niveau 5)
L’enseignant, en imposant un cadre structuré et rassurant, répond au besoin de sécurité des élèves :
- Règles claires, routines stables.
- Une autorité bienveillante qui encadre et protège.
–Créer un sentiment d’appartenance (niveau 3)
L’autorité de l’enseignant favorise un climat de classe serein, sans moqueries ni violence :
- Encourage la coopération, le respect.
- Favorise la cohésion du groupe. (-> dessin du pot coopératif)
L’enfant se sent accepté dans la classe, ce qui est essentiel pour s’épanouir.
–Renforcer l’estime de soi (niveau 4)
Un enseignant qui exerce une autorité juste :
- Valorise les progrès, pas seulement les résultats.
- Encourage, donne confiance, écoute.
Cela booste l’estime de soi, essentielle pour que l’élève ose participer, poser des questions, progresser.
–Permettre l’épanouissement (niveau 5)
Quand tous les autres besoins sont satisfaits, l’enfant peut :
- Apprendre avec plaisir, s’investir, créer.
- Atteindre son potentiel.
Et cela est possible grâce à un cadre autoritaire mais juste, qui nourrit tous les autres besoins.
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Les besoins des enseignants
Mais à l’inverse, un enseignant peut-il se sentir légitime et exercer son autorité si ses propres besoins (selon Maslow) ne sont pas respectés ?
Non, pas pleinement. Un enseignant est un individu comme les autres. La légitimité commence par le respect de ses propres besoins. Pour aider les élèves à s’épanouir, l’enseignant doit lui aussi être soutenu, valorisé et reconnu.
-Besoins physiologiques
Fatigue, stress, manque de sommeil… Un enseignant épuisé ou en mauvaise santé physique/mentale aura du mal à rester concentré, patient, disponible pour gérer la classe.
–Besoins de sécurité
Pression hiérarchique, absence de soutien… Un enseignant qui ne se sent pas protégé dans son poste ou respecté par l’institution aura du mal à se positionner avec assurance devant les élèves. Il peut adopter une autorité rigide ou, au contraire, s’effacer.
–Besoins d’appartenance
Isolement dans l’équipe, absence de soutien des collègues ou des parents… Sans appartenance au collectif scolaire, l’enseignant peut perdre confiance et motivation. Or, le sentiment de faire partie d’un tout soutient l’autorité naturelle.
–Besoins d’estime
Manque de reconnaissance, critiques constantes, découragement… Un enseignant qui doute de lui, qui ne se sent ni valorisé ni respecté, aura du mal à imposer une autorité sereine. Il risque d’hésiter, de se faire contester plus facilement.
–Besoins d’accomplissement
Ne pas pouvoir innover, enseigner selon ses valeurs, évoluer… Sans possibilités de s’épanouir dans son métier, un enseignant peut perdre le sens de sa mission, et cela peut se ressentir dans sa posture d’autorité.
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Les besoins des parents
Même si on les considère souvent comme pénibles, il n’est pas si difficile que cela d’obtenir leur confiance et donc la paix, pour les mêmes raisons : ils veulent qu’on respecte leurs besoins quand ils confient leur enfant à l’école ! Et si ces besoins ne sont pas satisfaits, ils peuvent remettre en cause l’autorité de l’enseignant.

Le besoin de sécurité chez les parents : selon Maslow, le besoin de sécurité inclut :
- Le besoin de confiance dans les institutions
- Le besoin de prévisibilité, de stabilité
- Le sentiment que leur enfant est protégé et compris
Un enseignant peut perdre de l’autorité quand :
- Les parents le remettent en cause devant l’enfant -> refusez de les recevoir au portail. Valorisez le dialogue en privé avec les parents pour éviter de décrédibiliser l’enseignant aux yeux de l’enfant + garder trace.
- Il y a un manque de communication ou des malentendus -> communiquez via vos ENT, même quand tout va bien, cela crée et maintient le lien de confiance.
- Les sanctions ou remarques ne sont pas expliquées clairement -> communiquez via vos ENT.
- L’enseignant semble non cohérent dans sa posture -> soyez irréprochable. Soyez constant dans vos décisions et restez aligné avec les valeurs annoncées dès le début d’année. Gardez votre calme face aux critiques : écouter, reformuler, poser un cadre : « Je comprends votre inquiétude, mais voici ce que j’observe en classe… »
Et donc, pour un parent d’élève :
| Ce que le parent veut ressentir | Ce que l’enseignant peut faire pour répondre à ce besoin |
| Mon enfant est en sécurité | Expliquer les règles de classe, les sanctions, le cadre posé |
| Je peux faire confiance à l’école | Être clair, professionnel, à l’écoute |
| Je suis respecté comme parent | Éviter de juger, accueillir la parole des parents |
| Je suis informé | Communiquer régulièrement, même quand tout va bien |
| Les décisions sont cohérentes | Être constant dans les règles et les explications pédagogiques |
Les tips
Je vous invite à visionner la vidéo du KED pour en savoir plus. Il y en a sûrement d’autres, n’hésitez pas à nous en suggérer.
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