La co-construction des règles de vie suscite parfois des réserves. Certains enseignants estiment qu’il s’agit d’une démarche artificielle, voire hypocrite : pour eux, les règles existent déjà, elles n’ont pas à être négociées. Après tout, personne ne décide démocratiquement de la limitation de vitesse ou de l’obligation de porter une ceinture de sécurité : c’est exact. Pourquoi en serait-il autrement à l’école ?
Cette objection repose pourtant sur une confusion entre l’origine d’une règle et son appropriation.

Provient du livre EMC et débat des 4 coins, chez Nathan
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À l’école, certaines règles ne sont effectivement pas négociables. Les principes de la République, le respect des personnes, l’interdiction des violences, des discriminations ou du harcèlement, ainsi que les règles de sécurité s’imposent à tous. Le règlement intérieur n’est pas élaboré par les élèves : il découle d’un cadre réglementaire national. Dans ces cas précis, le rôle de l’enseignant n’est donc pas de demander aux élèves quelles règles ils souhaitent appliquer.
En revanche, ce qui peut et doit être construit avec eux, c’est la compréhension de ces règles, leur justification, leur formulation en termes accessibles et leur traduction dans la vie quotidienne de la classe.
Cette distinction est aujourd’hui largement reconnue par les travaux sur le climat scolaire. Le ministère de l’Éducation nationale recommande explicitement de « faire participer les élèves à l’élaboration des règles », de créer des espaces de régulation et de dialogue et de travailler collectivement autour de règles « explicites et explicitées ».
L’objectif n’est pas de renoncer à l’autorité de l’adulte, mais de développer le sentiment de justice scolaire et l’adhésion des élèves au cadre commun.
Cette approche s’appuie également sur les recherches en psychologie du développement. Jean Piaget, dans Le jugement moral chez l’enfant (1932), montre que le jeune enfant considère d’abord la règle comme une obligation imposée par l’adulte. Progressivement, grâce aux échanges avec ses pairs et aux situations vécues, il accède à une compréhension plus autonome de son utilité. La règle n’est plus seulement respectée parce qu’elle est imposée, mais parce qu’elle apparaît juste et nécessaire. Donc, selon l’âge de l’enfant, co-construire les règles sera plus ou moins pertinent, mais à l’âge de nos élèves en élémentaire, c’est tout à fait justifié.
Lawrence Kohlberg prolonge ces travaux en décrivant les stades du développement moral. Chez les plus jeunes, le respect de la règle repose essentiellement sur l’évitement de la punition ou la recherche d’une récompense. Ce n’est que plus tard que l’enfant devient capable de raisonner en fonction de principes plus abstraits comme le bien commun, la justice ou les droits d’autrui. Attendre d’un élève de six ou sept ans qu’il comprenne spontanément une règle uniquement parce qu’elle est imposée revient donc à ignorer son développement cognitif et moral.
C’est pourquoi les situations concrètes jouent un rôle essentiel. Une règle est beaucoup plus facilement comprise lorsqu’elle répond à un problème réellement rencontré par les élèves. Une bousculade dans un couloir, un conflit lors d’un travail de groupe, des moqueries répétées ou un matériel détérioré constituent autant d’occasions de s’interroger collectivement : que s’est-il passé ? Pourquoi cela a-t-il posé problème ? Quel besoin n’a pas été respecté ? Quelle règle permettra d’éviter que cette situation se reproduise ? Dans cette perspective, la règle n’est plus perçue comme arbitraire. Elle répond à une nécessité que les élèves ont eux-mêmes identifiée. L’expérience précède alors la règle, ce qui facilite sa compréhension et sa mémorisation.
Provient du livre EMC et débat des 4 coins, chez Nathan
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Éric Debarbieux, spécialiste du climat scolaire, souligne d’ailleurs que l’amélioration du climat de la classe passe par une relation éducative qui évite aussi bien l’autoritarisme que le laisser-faire. Selon lui, « l’adulte ne se défait pas de son rôle de leader mais il autorise et aide l’auto-organisation du groupe et l’autodiscipline du jeune, en particulier par la négociation des règles de vie et le partage des responsabilités » (Debarbieux, 2008). Cette citation, reprise dans le guide Éduscol Agir sur le climat scolaire à l’école primaire, montre bien que la participation des élèves ne remet pas en cause l’autorité de l’enseignant : elle constitue au contraire un levier de son efficacité.
Cette idée rejoint également les travaux de Philippe Meirieu. Pour lui, une règle éducative ne vaut pas parce qu’elle manifeste le pouvoir de l’adulte, mais parce qu’elle permet de rendre possible le travail collectif et le vivre-ensemble. L’autorité éducative consiste moins à obtenir une obéissance immédiate qu’à conduire progressivement les élèves vers une autonomie responsable.
En définitive, co-construire les règles ne signifie pas demander aux élèves s’ils souhaitent respecter les autres ou courir dans les couloirs. Les valeurs fondamentales et les règles de sécurité ne sont pas soumises au vote. En revanche, il est indispensable de permettre aux élèves d’en comprendre les raisons, d’en discuter les effets et d’identifier les situations auxquelles elles répondent. L’objectif de l’école n’est pas seulement d’obtenir des comportements conformes pendant quelques heures de classe. Il est de former de futurs citoyens capables de respecter des règles même lorsqu’aucun adulte n’est présent pour les faire appliquer. Or cette intériorisation ne naît pas de la seule contrainte : elle se construit progressivement grâce à la compréhension, à l’expérience et au dialogue. Co-construire le sens des règles aujourd’hui, c’est précisément préparer les élèves à accepter demain les règles de la vie démocratique parce qu’ils en comprennent la finalité, et non parce qu’ils y sont simplement soumis.
Retrouvez les règles de vie co-construites avec mes élèves dans mon livre EMC et débat des 4 coins, ainsi que tout le système de gestion du comportement en classe, basé sur le renforcement positif.
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Sylvie Hanot, CPC, Cafipemf généraliste et LVE
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2 Comments
Linda Bousseau
2 août 2026 at 9h03Bonjour, en attendant de recevoir votre livre dans ma commande de rentrée, serait-il possible de voir le sommaire? Merci
supermaitresse
2 août 2026 at 9h21Bonjour, vous l’avez dans cet article consacré au livre : https://supermaitresse.fr/2026/06/01/emc-par-le-debat-des-4-coins-cm1-une-methode-innovante-pour-faire-vraiment-reflechir-les-eleves/