Les stéréotypes de genre sont souvent abordés sous l’angle des mathématiques, notamment en ce qui concerne les filles. En tant que référente français de circonscription, je m’inscris naturellement dans une réflexion complémentaire autour de la place des garçons en littérature. Le plan français constitue d’ailleurs un cadre structurant et fédérateur dans cette démarche. Dès lors, il me semble pertinent d’élargir la réflexion engagée sur les inégalités de genre en interrogeant également le rapport des garçons à la lecture et aux pratiques littéraires. L’iGESR l’a fait ! L’IGÉSR (Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche) est un service interministériel chargé de l’évaluation, de l’expertise et du contrôle des politiques publiques d’éducation et de jeunesse. Elle produit des rapports de conseil et d’audit pour éclairer les décisions ministérielles sur le système éducatif.

Le rapport de l’IGESR sur les pratiques de lecture et la maîtrise de la littératie dresse un constat sans appel : le « décrochage » des garçons en lecture est un phénomène massif, souvent éclipsé par le débat sur les filles et les sciences. Voici mon résumé et ce que j’en tire à titre personnel pour mon plan français et en tant qu’auteure :
Le Constat : une fracture de genre, documentée
Le rapport souligne que les garçons réussissent moins bien que les filles en lecture, et ce, dès le début de la scolarité.
-Dès le CP/CE1 : un écart de 2,7 à 5,1 points sépare déjà les filles et les garçons en français.
-Au CM1 (PIRLS 2021) : l’écart atteint 14 points en faveur des filles, soit plus que la moyenne européenne (11 points).
-À 15 ans (PISA 2022) : en France, les filles surclassent les garçons de 20 points en compréhension de l’écrit.
Le paradoxe de la confiance : bien que moins performants, les garçons conservent un sentiment de réussite et une confiance en eux supérieurs à ceux des filles.
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Les Causes : Pourquoi les garçons s’éloignent-ils du livre ?
La mission identifie des racines historiques, sociologiques et pédagogiques :
-Stéréotypes de genre : la lecture est perçue comme une activité « féminine », solitaire et introspective, ce qui peut heurter la construction de l’identité masculine à l’adolescence.
–L’effet « modèle » : la forte féminisation du corps enseignant (78,9% en lettres dans le public) et du monde du livre (73,3% de femmes dans l’édition) renforce inconsciemment l’idée que le livre appartient aux femmes.
–Le « capital symbolique » en baisse : les familles valorisent davantage les filières scientifiques pour les garçons, perçues comme plus « rentables ».
–Une pédagogie qui favorise la fiction : l’école privilégie les textes narratifs et l’approche sensible/émotionnelle, des domaines où les filles déclarent plus d’appétence, au détriment des textes documentaires prisés par les garçons.
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Les Solutions : pistes pour une pédagogie inclusive
Le rapport propose 17 préconisations pour réconcilier les garçons avec la littératie. En voici quelques-unes.
Diversifier les corpus et les approches
-Sortir du « tout-fiction » : valoriser davantage les documentaires, la presse et les textes informatifs dès le cycle 1. Changer la finalité de la lecture : ne pas réduire la lecture à l’évasion ou à l’émotion, montrer qu’on lit aussi pour apprendre, s’informer ou agir. J’ai eu le bonheur d’accompagner une constellation consacrée à la lecture et à l’écriture de documentaires au cycle 3 : les élèves étaient passionnés et ils ont produit des textes incroyablement performants. De même, dès le cycle 2, j’encourage les enseignants à travailler sur le documentaire, comme avec Les animaux qui font peur , d’autant que le documentaire est présent dans les évaluations nationales. J’en parle plus longuement ici : CLIC


Constellation » lire et écrire des documentaires », mi-parcours, merci à Anaïs Gaffiero, école des Maurettes (Villeneuve-Loubet)
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–Utiliser la transmédiation : passer par le cinéma, les séries ou la bande dessinée comme portes d’entrée pour revenir ensuite au texte long. J’avais remarqué cette tendance chez mes élèves garçons à dévorer les BD sans qu’ils en aient forcément tous les codes et avec leurs nombreux implicites. Voilà pourquoi dès le cycle 2, je propose l’étude de BD avec Félicie Poucet (CE1-CE2) puis Enola Holmes (CM1-CM2).

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–Équilibrer les modèles : proposer des personnages masculins complexes et nuancés, mais aussi encourager l’identification des garçons à des héroïnes pour développer leur empathie. Veiller à une parité entre auteurs et autrices, ainsi qu’entre personnages masculins et féminins dans les œuvres proposées. L’objectif n’est pas seulement de proposer des rôles-modèles masculins, mais aussi de muscler la capacité d’empathie des garçons en les encourageant à s’identifier à des héroïnes. Sur ce point, mes choix pour cette année s’inscrivent pile dans cette ambition : pour le cycle 2, Félicie Poucet -> Cette héroïne enquêtrice, courageuse et dotée de pouvoirs, offre aux jeunes lecteurs un personnage d’action. Le rapport note d’ailleurs que les garçons sont souvent plus sensibles aux récits d’aventures et de dépassement. Pour le cycle 3, Enola Holmes -> ce choix est particulièrement pertinent au regard du rapport qui suggère de favoriser des personnages féminins « riches et complexes » pour susciter l’identification de tous. Enola, qui doit parfois se déguiser en garçon et naviguer dans l’ombre de son frère Sherlock Holmes, permet d’aborder frontalement la question des stéréotypes de genre et de la place sociale, des thématiques que le rapport invite les enseignants à explorer pour développer la réflexivité des élèves.

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Changer les postures professionnelles
-Formation à la réflexivité : former les enseignants à identifier leurs propres biais inconscients (ex: habitude de solliciter davantage les filles sur la lecture).
–Visibilité masculine : faire intervenir des « rôles-modèles » masculins (sportifs, scientifiques, Maire, enseignants, directeur …) pour montrer que la lecture est une force pour tous.
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Actions concrètes en classe
-Exploiter les données genrées : utiliser les évaluations nationales pour alerter les équipes sur les écarts réels et ne plus les passer sous silence. Lors des conseils de maîtres sur les évaluations nationales (CP au CM2), il est préconisé d’analyser systématiquement les résultats par genre pour rendre l’écart visible.
–Auto-évaluation : intégrer ces données genrées dans la phase d’auto-évaluation de l’école pour définir des priorités d’action
–S’inspirer du projet Les Petits champions de la lecture : imposer la parité (un garçon et une fille élus par école) a permis de faire bondir la présence des garçons en finale régionale (de 28% à 41%).
–Fonds de bibliothèque : soutenir l’acquisition de livres de loisirs diversifiés et actualisés dans les BCD pour que chaque élève trouve un sujet d’intérêt.

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J’espère que ce petit résumé vous aura éclairé.
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Sylvie Hanot, CPC, CAFIPEMF généraliste et LVE
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