La production d’écrits reste l’un des domaines les plus complexes à enseigner à l’école. Beaucoup d’enseignants constatent les mêmes difficultés : des élèves qui peinent à se lancer, des textes très courts, des réécritures limitées à quelques corrections superficielles et un temps considérable consacré à la correction orthographique.
L’ouvrage 15 défis d’écriture propose une démarche particulièrement intéressante car elle aborde l’écriture comme un véritable processus de création, tout en accordant une place importante à la révision et à l’orthographe. Son originalité est de transformer chaque projet d’écriture en défi adressé à de vrais lecteurs, ce qui donne immédiatement du sens au travail demandé.

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Écrire pour être lu, pas seulement pour répondre à une consigne
L’un des constats présentés dans l’ouvrage est que les élèves écrivent souvent pour satisfaire leur enseignant plutôt que pour communiquer avec un lecteur. Les défis d’écriture cherchent à modifier cette posture. L’élève devient progressivement auteur et son texte est destiné à être lu par ses pairs, partagé, discuté, sélectionné ou récompensé. Cette perspective change profondément son engagement dans la tâche et favorise une implication plus forte dans les phases de révision.
Une démarche qui s’appuie sur des textes modèles
Chaque défi démarre par la découverte de textes ressources. L’objectif n’est pas de faire copier un modèle ni d’imiter un auteur à l’identique, mais de permettre aux élèves de repérer :
-les caractéristiques du genre
-la structure du texte
-les procédés d’écriture
-les effets produits sur le lecteur.
L’élève dispose ainsi d’un cadre rassurant qui l’aide à entrer dans l’écriture sans se retrouver face à la page blanche.

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Une progression qui respecte les nouveaux programmes
Cette démarche rejoint fortement les orientations des programmes 2025 et des ressources Eduscol pour le CE1 et le CE2.
Les textes officiels rappellent que les élèves doivent
écrire fréquemment, s’appuyer sur des textes de référence, apprendre à planifier, rédiger et réviser, bénéficier d’un enseignement explicite de l’orthographe en situation d’écriture, produire des écrits destinés à être lus. Les « 15 défis d’écriture » répondent précisément à ces attentes en plaçant les élèves dans des situations régulières de production et de réécriture.
Une place centrale donnée à la révision
C’est probablement l’un des points les plus intéressants de l’ouvrage. La révision n’est pas considérée comme une étape finale consistant à corriger quelques erreurs. Elle devient une activité à part entière.
Les élèves sont invités à :
-enrichir leur texte
-développer leurs idées
-améliorer leurs descriptions
-préciser leurs formulations
-renforcer les effets produits sur le lecteur.
L’ouvrage parle d’épaississement du texte plutôt que de simple correction. Cette approche est particulièrement pertinente car elle répond à une difficulté fréquente : beaucoup d’élèves pensent qu’un texte terminé est un texte qu’on ne touche plus. Ici, ils découvrent qu’un auteur revient sur son texte pour l’améliorer.

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Des retours entre pairs très structurés
Autre point fort : la lecture des productions par les autres élèves. Les camarades ne se limitent pas à dire si le texte leur plaît. Ils sont amenés à questionner l’auteur, repérer les passages réussis, signaler les zones floues, proposer des enrichissements. Cette démarche développe la posture de lecteur critique tout en aidant l’auteur à prendre de la distance par rapport à son propre texte. Pour beaucoup d’enseignants, c’est une solution intéressante face à l’impossibilité matérielle de relire individuellement chaque production pendant l’écriture.
Une approche de l’orthographe particulièrement équilibrée
La question de l’orthographe fait souvent débat en production d’écrits. Faut-il corriger immédiatement ? À la fin ? Tout corriger ? Ne corriger que certains éléments ? L’ouvrage ne propose pas une réponse unique mais présente plusieurs modalités possibles selon les objectifs et le niveau des élèves. Le principe général reste cependant très clair : l’orthographe ne doit pas empêcher l’élève d’écrire. L’ambition première demeure la mise en texte, la cohérence du récit et l’expression des idées.
Une véritable démarche d’autocorrection
Les auteurs proposent une grille de codage des erreurs permettant aux élèves d’identifier eux-mêmes certains types d’erreurs. L’objectif n’est pas de multiplier les corrections du professeur mais de développer progressivement l’autonomie des élèves. Cette démarche rejoint les recommandations d’Eduscol qui insistent sur l’importance de faire réfléchir les élèves sur leurs erreurs plutôt que de leur fournir directement la correction. L’élève apprend ainsi à relire son texte, repérer certaines erreurs, mobiliser les outils de la classe, améliorer progressivement ses productions.
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Un déroulé simple en quatre séances
Le protocole proposé est relativement stable :
Séance 1 : découvrir le genre et le défi
Les élèves découvrent le texte ressource, identifient ses caractéristiques et analysent les procédés utilisés par l’auteur.
Séance 2 : produire un premier jet
Les élèves rédigent leur texte en s’appuyant sur les outils proposés. Des échanges et des retours permettent déjà de lever certains obstacles.
Séance 3 : enrichir et réviser
Les élèves reprennent leur texte pour l’étoffer, préciser leurs idées et améliorer son efficacité auprès du lecteur.
Séance 4 : relire, corriger et finaliser
À l’aide d’une grille de réussite et des outils d’autocorrection, les élèves révisent leur texte avant une diffusion ou une lecture publique.

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Une méthode qui réconcilie écriture et orthographe
L’un des grands mérites de cet ouvrage est de sortir d’une opposition souvent artificielle entre créativité et maîtrise de la langue. L’écriture n’est pas sacrifiée au profit de l’orthographe. L’orthographe n’est pas non plus oubliée au nom de la créativité. Les deux avancent ensemble : les élèves apprennent à produire un texte plus riche tout en développant progressivement leurs compétences linguistiques.
En conclusion
15 défis d’écriture propose une démarche cohérente, très proche des orientations actuelles des programmes et des recommandations d’Eduscol. Son principal intérêt réside dans la place accordée à la révision, souvent parent pauvre de la production d’écrits, ainsi que dans sa vision progressive de l’orthographe.
En donnant aux élèves des textes modèles, des outils de réécriture, des temps d’échanges et de véritables situations de communication, l’ouvrage contribue à faire évoluer leur posture : ils ne sont plus seulement des élèves qui écrivent pour l’enseignant, mais des auteurs qui écrivent pour être lus. C’est sans doute l’une des conditions les plus efficaces pour faire progresser durablement les compétences rédactionnelles à l’école élémentaire.
Sylvie Hanot, conseillère pédagogique
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