Un jeu de familles grammaticales pour travailler les classes grammaticales

Les évaluations nationales de CM1 montrent régulièrement que l’étude de la langue reste un point fragile pour de nombreux élèves, notamment lorsqu’il s’agit « d’identifier les constituants de la phrase » ou de reconnaître les classes grammaticales dans un contexte de lecture. Beaucoup d’élèves savent réciter des définitions mais peinent à réinvestir ces connaissances dans des phrases réelles.

Le jeu que je vous présente, et que l’on doit à Angélique (Encore une Maîcresse) permet justement de sortir d’un fonctionnement uniquement déclaratif pour entrer dans une logique de manipulation et d’automatisation progressive.

 

Les activités ritualisées en étude de la langue ont toute leur place dans les nouveaux programmes de français. Avec des horaires recentrés sur la lecture, la compréhension et la production d’écrits, l’enjeu n’est plus forcément de multiplier les longues séances de grammaire, mais plutôt de proposer des activités courtes, fréquentes, explicites et récurrentes permettant aux élèves de manipuler la langue quotidiennement. Dans ce contexte, les jeux de cartes grammaticaux représentent un support particulièrement intéressant pour travailler les classes grammaticales tout en maintenant un haut niveau d’engagement des élèves.

Le jeu présenté ici reprend le principe du célèbre « jeu des 7 familles », mais appliqué aux classes grammaticales. Chaque famille est constituée d’une phrase simple dont les mots sont répartis en différentes natures grammaticales : déterminant, nom commun, verbe, adjectif, pronom, adverbe, préposition, nom propre ou encore conjonction. L’intérêt principal du dispositif réside dans le fait que les élèves doivent obligatoirement nommer les classes grammaticales pour jouer. Ils ne peuvent pas simplement demander « le mot chat » ou « la carte dors ». Ils doivent dire : « Dans la famille rose, je voudrais le verbe » ou encore « Dans la phrase “Je dors paisiblement avec le chat”, je voudrais l’adverbe ». Cette verbalisation est essentielle, car elle oblige les élèves à mobiliser le vocabulaire grammatical attendu dans les programmes.

Ce type de support s’inscrit parfaitement dans les attendus des nouveaux programmes. Au cycle 2, les élèves doivent progressivement identifier le verbe, le nom, le déterminant et commencer à reconnaître certaines classes grammaticales simples. Les familles du type « déterminant – nom – verbe – préposition » ou « déterminant – adjectif – nom commun » conviennent particulièrement bien aux CE1 et CE2.

Au cycle 3, les attendus deviennent plus précis : les élèves doivent identifier les principales classes grammaticales, justifier leurs choix et manipuler les mots dans la phrase. Les familles contenant des adverbes, des prépositions ou des noms propres sont alors très pertinentes pour les CM1 et CM2.

Modalités de travail

Le format du jeu permet également de multiplier les modalités de travail.

En binôme, les élèves peuvent jouer de manière coopérative afin de sécuriser les plus fragiles. Le tutorat fonctionne particulièrement bien lorsqu’un élève verbalise ses stratégies devant un camarade.

En petits groupes de trois ou quatre, le jeu devient plus dynamique et favorise les interactions langagières.

En atelier dirigé, l’enseignant peut cibler certaines classes grammaticales ou observer précisément les procédures des élèves. Enfin, en collectif, certaines variantes permettent de ritualiser rapidement l’activité en début de séance.

Le support peut être utilisé sous plusieurs formes matérielles. Certains enseignants préféreront imprimer une planche PDF par élève afin de réaliser des activités de tri ou de manipulation individuelle. D’autres choisiront un véritable jeu de cartes plastifié utilisable en atelier autonome. Les deux formats sont complémentaires : les planches permettent un travail écrit ou collectif tandis que les cartes favorisent les interactions orales et la répétition rapide des notions.

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Règles possibles

L’un des grands intérêts pédagogiques du jeu est sa capacité à être décliné sous de nombreuses formes sans nécessiter une nouvelle préparation matérielle.

La règle classique des familles fonctionne très bien pour les élèves débutants lecteurs : « Dans la famille verte, je voudrais le verbe ». Il doit obligatoirement donner la classe grammaticale, il ne peut pas dire « Je veux dors. » Niveau CE1 – début CE2

-Pour des élèves plus avancés, il est possible d’exiger une formulation plus complète avec justification :  « Dans la phrase Je dors paisiblement avec le chat, je voudrais l’adverbe. ». L’élève doit justifier : Paisiblement est un adverbe parce qu’il précise/modifie comment on dort ». Niveau CE2 – CM1

-On peut également transformer le support en jeu du détective grammatical : un élève lit la phrase et annonce une classe grammaticale, les autres doivent retrouver le mot correspondant. Exemple : « Dans la phrase Elle appelle rarement durant la semaine, trouvez l’adverbe ». Les autres répondent : « rarement » et expliquer pourquoi. Niveau : cycle 3.

Le jeu chronométré : par équipe. En 1 minute, retrouver le plus de cartes possibles, nommer correctement les classes grammaticales. Chaque erreur de vocabulaire grammatical annule la carte.

-Une autre variante consiste à reconstruire les phrases à partir des cartes mélangées tout en nommant chaque nature grammaticale. Exemple : « Je = pronom », « dors = verbe » etc …

-Les élèves peuvent créer aussi des jeux de cartes à destination des autres camarades et préparer la correction : c’est très formateur.

Ces formats courts sont particulièrement adaptés aux activités ritualisées. Une partie peut durer dix minutes seulement tout en générant un grand nombre de répétitions utiles. Or, on sait aujourd’hui que ce sont précisément ces réactivations fréquentes qui favorisent l’automatisation des connaissances grammaticales. Les élèves réentendent, reformulent et manipulent continuellement le vocabulaire de l’étude de la langue sans avoir l’impression d’être dans une tâche scolaire traditionnelle.

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Le rôle de l’enseignant

Le rôle de l’enseignant reste central dans ce dispositif. Il doit avant tout garantir l’explicitation du langage grammatical. Les formulations approximatives doivent être reprises immédiatement afin d’installer les termes justes : « nom commun », « déterminant », « adjectif », « adverbe », etc. L’enseignant peut également guider les élèves vers des stratégies d’identification : chercher le mot qui accompagne le nom, repérer le mot qui indique l’action, identifier le mot qui précise le verbe… Dans les groupes les plus fragiles, il peut modéliser les raisonnements attendus en verbalisant lui-même les procédures.

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Différencier pour les élèves en difficulté

Le jeu constitue également un excellent support de différenciation. Les travaux de Roland Goigoux sur les aides aux élèves montrent l’importance de varier les étayages selon les besoins. Certains élèves auront besoin d’une aide procédurale : apprendre comment chercher le verbe ou le déterminant. D’autres bénéficieront davantage d’une aide méthodologique avec des affichages rappelant les questions à se poser. Les élèves en difficulté de lecture pourront utiliser les couleurs des familles comme point d’appui ou travailler sur des phrases plus courtes. L’enseignant peut aussi proposer une aide de guidage oral en reformulant les demandes grammaticales attendues. Enfin, le travail en binôme tutoré permet souvent de sécuriser les élèves les plus fragiles grâce à l’observation des stratégies des pairs.

Un « merci » fait toujours plaisir …

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Dans une période où l’étude de la langue doit être à la fois plus explicite, plus efficace et plus intégrée aux usages réels de la langue, ce type de jeu représente une réponse particulièrement pertinente. Il permet de ritualiser les apprentissages, d’augmenter le temps réel de manipulation grammaticale, de favoriser l’oralisation du métalangage et de rendre l’étude de la langue plus active pour les élèves.

Sylvie Hanot, CPC

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