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Dictée réflexive : un socle commun, deux mises en œuvre

Cet article fait suite à mes essais de dictées réflexives quotidiennes, en lisant les travaux de Patrice Gourdet. J’espère être restée dans la lignée de ce qu’il propose. 

Dictée réflexive : un socle commun, deux mises en œuvre

Un nouveau guide vient de paraître chez Belin Éducation, Une dictée réflexive par jour, écrit par cinq autrices et directement issu du dispositif Twictée. Il s’ouvre sur une interview de Catherine Brissaud, professeure émérite en sciences du langage et coautrice, avec Danièle Cogis, de Comment enseigner l’orthographe aujourd’hui ?. En le lisant, je me suis posé une question toute simple, celle que beaucoup d’enseignants qui pratiquent déjà la dictée du jour vont se poser aussi : est-ce que cette dictée réflexive est la même que celle dont je parle, dans la lignée des travaux de Patrice Gourdet ? La réponse tient en une phrase. Le socle théorique est le même, mais la mise en œuvre diffère nettement. Voici pourquoi.

Une définition de la dictée réflexive

Brissaud définit la dictée réflexive comme une dictée courte, centrée sur un ou deux points précis, pensée comme un apprentissage et non comme une évaluation. L’élève y engage sa réflexion, questionne ses choix et les confronte à ceux des autres à l’aide des mots de la grammaire. Elle rappelle une chose importante : cette forme de dictée est préconisée depuis longtemps par les didacticiens de l’orthographe. Autrement dit, personne n’en est propriétaire. Gourdet, Cogis, Nadeau et Fisher, Brissaud elle-même puisent au même réservoir. Quand on fait raisonner ses élèves sur une marque d’accord avant de leur faire écrire la phrase, on s’inscrit dans cette même famille de pratiques.

Un point ciblé, oui, mais à quelle échelle ?

C’est ici qu’apparaît la première nuance intéressante. Brissaud parle d’un ou deux points précis, là où la démarche de Gourdet, que je suis, pose une règle plus stricte : une seule variable nouvelle par jour. Dans ma progression, la phrase déclinée ne fait bouger qu’un paramètre à la fois, le nombre, puis le temps, afin que l’élève n’ait qu’une seule chose nouvelle à raisonner dans la séance.

Attention toutefois à ne pas surinterpréter cette différence. Un ou deux points ciblés ne signifie pas deux difficultés nouvelles traitées en même temps. Même chez Brissaud, l’intention reste de limiter le nombre de points travaillés, par opposition à la dictée traditionnelle qui embrasse tout. Elle le dit d’ailleurs juste avant, la dictée réflexive ne consiste pas à embrasser, au même moment, toutes les difficultés de l’orthographe. Sur l’essentiel, Gorudet et Brissiaud sont donc parfaitement d’accord : il faut alléger la charge.

La différence tient en réalité à l’échelle de travail. Gourdet raisonne à la journée, une variable par séance. Le guide raisonne au module, un ou deux points sur deux semaines, avec une balise phare qui peut en réactiver une ou deux autres déjà vues. C’est ce qui explique le « un ou deux » plutôt qu’un seul. Rien de contradictoire, simplement une unité de temps différente.

Ce que je retrouve, à l’identique, dans ce guide

La dictée y est un apprentissage, avec un statut positif de l’erreur assumé, appuyé sur Astolfi et sur Meirieu. La distinction entre accord et conjugaison s’y fait au sens de Pellat, en séparant nettement l’accord dans le groupe nominal et la relation entre le sujet et le verbe, exactement la logique défendue par Gourdet.

Les homophones y sont abordés par leur nature grammaticale et non par des listes à mémoriser et encore moins par oppositions (j’avais tout faux à mon premier jet, mea culpa).

Le choix du vocabulaire repose sur la fréquence, avec Manulex, la base EOLE et la liste Fisher-Nadeau.

On retrouve dans ce guide la dictée négociée en groupes,pour faire varier les modalités d’apprentissage (chouette, c’est bien ce que j’avais écrit dans mon article), la différenciation sur deux niveaux consécutifs et un thème par période qui sert de terreau lexical réinvesti en production d’écrit court. Là, par contre, je n’ai pas utilisé de mots thématiques pour que chaque enseignant puisse adapter ses phrases à son corpus lexical étudié en classe.

Un point m’a particulièrement parlé : leur dictée transfert. C’est une évaluation menée sur un texte nouveau, de même nature orthographique que la dictée initiale, et non annoncée aux élèves. C’est ce que je place en fin de semaine avec ma dictée de transfert dans mes essais de dictées réflexives.

Ce que je n’ai pas trouvé dans le guide

La différence la plus visible se lit dans la progression. Nulle part dans ce guide je ne retrouve le principe qui structure les dictées de Gourdet, à savoir partir des marques audibles pour aller vers les marques muettes. Je ne retrouve pas non plus la phrase déclinée jour après jour en ne changeant qu’un paramètre à la fois. Le guide progresse autrement, par modules thématiques, par catégories grammaticales et par balises.

Autre écart de mécanique, leur dictée initiale, la première séance du module, est une dictée traditionnelle. L’élève écrit d’abord seul sa version, celle qu’il pense la plus correcte, avant la phase de négociation. Chez Gourdet, la réflexion orale précède l’écriture.

Les balises et le Dicobalise, l’apport propre de la Twictée

La véritable signature de ce guide, c’est la catégorisation des erreurs. Tout est organisé autour de balises, des étiquettes comme AccordGN, VerbeConjugué ou ClasseGram, rassemblées dans un répertoire appelé Dicobalise et mobilisées à travers un Réflex, un court message orthographique en trois temps : le mot ciblé, sa balise, la justification. Ce formalisme vient en droite ligne de la Twictée et de sa culture du hashtag, née d’un réseau collaboratif entre classes. C’est cohérent, structuré, et pensé comme une méthode complète clé en main, avec 16 modules, 128 séances, un cahier dédié, des cartes-balises et une mascotte. Ma démarche de dictées est bien plus légère : une phrase par jour déclinée sur la semaine, sans cet appareillage.

Deux mises en œuvre d’un même socle

Au fond, ce guide partage le même cadre théorique que celles de Patrice Gourdet : la dictée comme apprentissage, l’erreur constructive, la métalangue, l’attention aux régularités, le choix lexical fondé sur la fréquence. Mais chacun opérationnalise ce socle à sa façon.

Le guide tire la dictée réflexive vers la catégorisation par balises héritée de la Twictée. Je la tire, moi, vers la déclinaison quotidienne d’une phrase et la progression du sonore vers le muet, suite à mes lectures de Gourdet. Il n’y a là ni concurrence ni copie, mais deux chemins possibles pour faire réfléchir les élèves sur leur orthographe. Et c’est plutôt une bonne nouvelle : cela montre que la dictée réflexive est assez riche pour se décliner de plusieurs manières en classe.

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