Cette année, j’ai réfléchi à un projet de comédie musicale avec une classe de cycle 3 autour du Magicien d’Oz, œuvre emblématique de la littérature de jeunesse, mais très tendance depuis le film Wicked. Ce projet s’inscrit dans une démarche de pédagogie de projet exigeante et fédératrice, mobilisant des compétences en français, en arts plastiques, en éducation musicale, en EPS et en EMC (coopération, CPS). L’univers d’Oz, à la fois merveilleux, initiatique et profondément symbolique, constitue un support particulièrement riche pour engager les élèves dans des apprentissages porteurs de sens. Le choix de l’œuvre s’est imposé assez naturellement : des personnages très caractérisés, des péripéties nombreuses, un imaginaire visuel puissant et surtout des thématiques qui parlent aux enfants. À travers le voyage de Dorothy et de ses compagnons, on peut questionner le courage, l’intelligence, la confiance en soi, l’amitié, l’entraide, le désir de trouver sa place ou encore la différence entre ce que l’on croit ne pas posséder et les qualités que l’on porte déjà en soi.

Image générée par l’IA à partir de mon article de blog, lui-même généré par mon cerveau !
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De la littérature au spectacle : un travail d’adaptation
Avant de lancer la comédie musicale, un travail approfondi est mené en littérature à partir du roman : j’utilise mon exploitation toute prête dans The Littérature. à partir de l’œuvre de L. Frank Baum. Cette première phase permet aux élèves de construire une compréhension fine du récit, d’identifier les grandes étapes du voyage de Dorothy et surtout de s’intéresser aux personnages : leurs désirs, leurs peurs, leurs rencontres et leur évolution.

Le récit se prête particulièrement bien à un travail sur les personnages. L’Épouvantail pense manquer d’intelligence, le Bûcheron de cœur et le Lion de courage, alors même que leurs actions montrent progressivement qu’ils possèdent déjà les qualités qu’ils recherchent. Dorothy, quant à elle, poursuit son chemin avec une détermination qui grandit au fil des épreuves. Cette construction permet d’aller bien au-delà de la simple compréhension littérale du récit.
Dans un second temps, j’ai adapté l’histoire pour en faire une véritable pièce de théâtre musicale adaptée à une classe de cycle 3. Le récit original est nécessairement resserré : certaines péripéties sont supprimées ou regroupées, tandis que les épisodes essentiels sont conservés. Les dialogues sont pensés pour être suffisamment courts et dynamiques pour rester accessibles aux élèves, tout en laissant davantage de matière aux rôles principaux.
L’objectif est de proposer un spectacle d’environ une heure, rythmé par le théâtre, les chants et quelques passages chorégraphiés, sans perdre la cohérence du récit ni la richesse de l’univers d’Oz. J’ai fait 2 versions : une version CM1, avec des répliques courtes, et une version CM2 avec des répliques plus étoffées mais n’excédant pas 2 lignes de A4. La pièce est prévue pour 28 élèves, avec des suggestions de mise en scène et 6 chansons intégrées, venant du spectacle Dothy et le magicien d’Oz.

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Lecture fluence et lecture expressive
Le travail en français constitue un pilier central du projet. Les élèves sont d’abord engagés dans des séances de lecture fluence à partir du script, permettant d’observer leur aisance, leur capacité à respecter la ponctuation, leur intonation mais aussi leur compréhension de la situation théâtrale. Ces observations peuvent ensuite guider l’attribution des rôles de manière pertinente et équitable.
Un travail approfondi sur les personnages est mené : les élèves analysent leur caractère, leurs émotions, leurs motivations et leur évolution au cours du voyage. Comment faire entendre la peur du Lion sans simplement crier ? Comment montrer l’enthousiasme parfois naïf de l’Épouvantail ? Comment rendre le Bûcheron touchant ? Comment faire évoluer Dorothy au fil de son voyage ?
La lecture expressive est ainsi particulièrement travaillée, avec des textes codés, des entraînements en petits groupes puis des mises en voix collectives. Le passage du texte lu au texte joué permet progressivement de travailler le débit, les silences, l’intensité, l’intonation, mais aussi l’adresse au partenaire et au public.

Extrait de la pièce de théâtre CM1 et de celle de CM2 (pour comparer)
Vous voulez voir à quoi ça ressemble : CLIC
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Favoriser l’inclusion et l’engagement de tous
Afin de garantir l’implication de tous, les rôles sont partagés et diversifiés. Les personnages principaux peuvent être distribués entre plusieurs élèves selon les scènes afin d’éviter qu’un petit nombre d’enfants porte l’ensemble du spectacle.
D’autres élèves interviennent comme narrateurs ou incarnent les habitants du Kansas, les Munchkins, les habitants de la Cité d’Émeraude, les gardes, les serviteurs de la Sorcière, les Singes ailés ou différents personnages rencontrés au cours du voyage. Les chœurs et les tableaux dansés permettent également à chacun de participer pleinement au spectacle.
Cette organisation permet de valoriser tous les profils d’élèves, de réduire la pression individuelle et de multiplier les occasions de prise de parole. Les compétences psychosociales sont directement mobilisées : coopération, écoute, régulation des émotions, confiance en soi, empathie et capacité à prendre sa place au sein d’un collectif.

Décor de mur (fresque)
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Répétitions théâtrales et analyse des scènes
Les répétitions sont menées progressivement, en partant de la lecture expressive pour aller vers une mise en scène complète : déplacements, interactions, occupation de l’espace, entrées et sorties, regards, gestes et positionnement par rapport au public. Les élèves apprennent progressivement que jouer ne consiste pas seulement à réciter son texte. Il faut écouter son partenaire, réagir à ce qu’il dit, savoir attendre, utiliser son corps et continuer à incarner son personnage même lorsque l’on ne parle pas.
Un travail d’analyse peut être mené à partir de quelques extraits des différentes adaptations cinématographiques du Magicien d’Oz et, avec discernement, de l’univers de Wicked. Il ne s’agit pas de demander aux élèves de reproduire les acteurs, mais d’observer des choix d’interprétation et de mise en scène : comment rendre une sorcière inquiétante ? Comment représenter la Cité d’Émeraude ? Comment différencier corporellement les sorcières ? Ces observations deviennent ensuite des ressources pour construire leur propre interprétation.

Un plan de récit, Extrait de The Littérature
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Education musicale et chant
Le volet musical occupe évidemment une place centrale dans le projet. J’ai choisi 6 chansons, réparties à des moments précis de l’histoire afin qu’elles ne constituent pas de simples intermèdes mais participent véritablement à la narration. Certaines accompagnent le départ ou le voyage, d’autres permettent de traduire les émotions des personnages ou de renforcer les grands moments collectifs. Le choix des chants peut mêler des références à l’univers d’Oz et des chansons contemporaines dont les paroles font écho aux thématiques de l’œuvre : partir, rêver, avoir peur, trouver sa place, s’entraider, croire en soi ou avancer ensemble.
Le travail musical porte sur la mémorisation, la justesse, le rythme, l’écoute du groupe et l’interprétation. Selon les morceaux, certains passages peuvent être chantés par toute la classe, tandis que d’autres sont confiés à de petits groupes ou à certains personnages. Le chant devient ainsi un véritable élément dramaturgique du spectacle et contribue fortement à la cohésion du groupe.
EPS et expression corporelle
En EPS, des chorégraphies simples peuvent être mises en place pour accompagner les scènes chantées et certains déplacements collectifs. L’univers du Magicien d’Oz s’y prête particulièrement bien : la tornade, l’arrivée au pays d’Oz, le chemin de briques jaunes, la Cité d’Émeraude ou encore les scènes avec les Singes ailés permettent d’imaginer de véritables tableaux corporels. L’objectif n’est pas de construire des chorégraphies techniquement complexes mais de développer l’expression corporelle, la coordination, l’écoute, la mémorisation et la présence scénique. Les élèves apprennent à se déplacer de manière organisée, à occuper l’espace, à synchroniser leurs actions et à adapter leurs gestes à une intention. Ces apprentissages contribuent directement à la lisibilité et à la qualité du spectacle.
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Arts plastiques : costumes et décors au service de la scène
Le projet intègre un volet artistique particulièrement riche autour de la création des costumes, accessoires et décors. L’univers d’Oz offre une identité visuelle très forte tout en permettant de travailler avec des dispositifs relativement simples. Plusieurs espaces peuvent être identifiés par quelques éléments immédiatement reconnaissables : le Kansas et ses tonalités plus neutres, le chemin de briques jaunes, le pays des Munchkins, la forêt, le château de la Sorcière et bien sûr la Cité d’Émeraude. Les élèves peuvent participer à la conception des éléments de scénographie en réfléchissant aux couleurs, aux matières, aux volumes et aux symboles permettant au spectateur d’identifier rapidement chaque univers.
Les costumes peuvent également être construits autour de quelques accessoires caractéristiques plutôt que de tenues complexes : chapeau ou éléments de paille pour l’Épouvantail, matières métalliques pour le Bûcheron, crinière pour le Lion, touches vertes pour la Cité d’Émeraude.
Ce travail permet d’aborder concrètement la scénographie et la fonction du décor et du costume dans la construction d’un univers théâtral, tout en privilégiant des solutions réalisables en classe.

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Un projet pluridisciplinaire porteur de sens
Ce projet permet de croiser de nombreuses disciplines : en français, avec la lecture, la compréhension, l’interprétation, la lecture expressive et la production d’écrits ; en arts plastiques, avec la création des décors, costumes et accessoires ; en éducation musicale, avec le chant et l’écoute ; en EPS, avec l’expression corporelle et les chorégraphies.
Mais Le Magicien d’Oz permet également de construire des liens particulièrement intéressants avec l’EMC et le développement des compétences psychosociales. Tout au long de leur voyage, les personnages doivent apprendre à coopérer, dépasser leurs peurs, aider les autres, prendre des décisions et reconnaître leurs propres qualités. L’œuvre offre ainsi de nombreuses occasions d’interroger les élèves : qu’est-ce qu’être courageux ? Peut-on avoir peur et être courageux malgré tout ? L’intelligence se résume-t-elle à ce que l’on sait ? Pourquoi avons-nous parfois besoin du regard des autres pour prendre conscience de nos qualités ?
Le spectacle devient alors bien davantage qu’une succession de scènes : il prolonge la réflexion menée en littérature et permet aux élèves de vivre collectivement certaines des valeurs portées par l’œuvre.
La restitution : un moment fort
La représentation finale constitue un moment fort du projet. Les élèves prennent conscience du chemin parcouru entre les premières lectures du script et le spectacle abouti. La préparation de cet événement (invitations, affiches, programme, organisation des coulisses, installation des décors, répétitions générales) participe pleinement à la dynamique du projet et permet également de responsabiliser les élèves.
Ce temps de restitution renforce la confiance en soi, valorise les progrès accomplis et donne du sens aux apprentissages menés pendant plusieurs semaines. Monter une comédie musicale autour du Magicien d’Oz, c’est finalement proposer aux élèves une expérience complète, exigeante et profondément collective. C’est travailler la lecture, l’oral, l’écriture, le chant, le corps et la création artistique autour d’une même œuvre, tout en développant la coopération, la confiance en soi et les compétences psychosociales.
Et le message du récit résonne particulièrement bien avec un projet de classe : l’Épouvantail cherchait l’intelligence, le Bûcheron un cœur et le Lion du courage… alors qu’ils possédaient déjà, sans le savoir, une grande partie de ce qu’ils étaient partis chercher. Peut-être est-ce aussi ce que permet un projet artistique collectif : donner aux élèves l’occasion de découvrir des capacités qu’ils ne savaient pas encore qu’ils avaient ! A méditer …
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Sylvie Hanot, conseillère pédagogique
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