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Un pot collectif… mais des progrès individualisés

On voit de plus en plus, dans les classes, des pots collectifs que l’on remplit avec des étoiles, des jetons ou des petits objets au fil de la journée. L’idée est intéressante : faire progresser le groupe vers un objectif commun et donner à chacun le sentiment de participer à une réussite collective. Mais, dans beaucoup de dispositifs, les étoiles sont interchangeables : elles récompensent des comportements différents sans laisser de trace de ce qui a réellement été réussi. Une fois déposée dans le pot, elle ne permet plus de savoir quel comportement, quel effort ou quel progrès précis elle vient valoriser.

Ici, les étoiles sont très jolies, mais on ne sait pas à quoi elles correspondent.

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Ici, au contraire, chaque carte correspond à un progrès précis, identifiable et adapté à l’élève

Sandrine Florio (mon amie enseignante à dominante relationnelle) et moi avons imaginé un fonctionnement un peu différent : un même pot pour toute la classe, mais avec des objectifs individualisés.

Chaque élève peut recevoir une petite carte de félicitations correspondant à un progrès précis qu’il a à accomplir. Lorsqu’il réussit, la carte est déposée dans le pot collectif. Peu à peu, le pot se remplit grâce aux progrès de tous. Chacun apporte donc sa contribution à la réussite du groupe, y compris l’élève qui rencontre des difficultés importantes ou qui a des besoins éducatifs particuliers.

Ici, les récompenses ne sont pas des étoiles mais des progrès immédiatement identifiables, où chacun apporte sa contribution, aussi petite soit-elle, au groupe

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Un objectif commun, mais pas nécessairement le même chemin

Le principe me paraît important : tous les élèves contribuent au même pot, mais ils ne sont pas forcément félicités pour la même choseUn élève peut recevoir une carte parce qu’il a attendu son tour avant de parler. Un autre parce qu’il a réussi à demander une pause avant de s’énerver. Un autre encore parce qu’il a commencé son travail sans attendre l’adulte.

On ne demande donc pas exactement le même comportement à celui qui sait déjà rester concentré trente minutes et à celui pour qui rester engagé cinq minutes constitue déjà un progrès réel. C’est précisément ce qui permet au dispositif d’être à la fois collectif et équitable.

Des comportements observables plutôt que des étoiles

Pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, je privilégierais des cartes qui portent sur des comportements observables, concrets et atteignables, et non sur le trouble ou sur une caractéristique générale de l’élève.

On évite donc les formulations vagues du type « sois sage », « comporte-toi bien » ou « fais des efforts ».

À la place, on cible par exemple :

« Tu as attendu ton tour. »

« Tu as commencé ton travail. »

« Tu as demandé une pause. »

« Tu as utilisé ta fiche d’aide. »

« Tu as repris ton travail après une pause. »

L’enfant sait précisément ce qui est attendu de lui et surtout ce qui a été réussi. On ne met qu’une seule compétence par carte. Pour les élèves les plus fragiles, il me semble essentiel de conserver un seul comportement cible par carteUne carte ne doit pas contenir plusieurs attentes simultanées et l’objectif doit rester immédiatement compréhensible, visible et atteignable. Plus le comportement attendu est précis, plus l’élève peut se représenter sa réussite. C’est aussi ce qui rend le renforcement beaucoup plus pertinent qu’une récompense globale donnée en fin de journée.

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Attention et engagement dans la tâche

Une première série de cartes peut concerner l’attention et l’engagement. On peut valoriser le fait d’avoir commencé son travail, terminé une étape, suivi une consigne, repris une activité après une pause ou travaillé sans se laisser distraire. Pour un élève très fragile sur le plan attentionnel, une formulation comme « Tu es resté concentré jusqu’au bout » ne signifie évidemment pas nécessairement 30 minutes ! Le « jusqu’au bout » peut correspondre à une durée individualisée : 2 minutes, 5 minutes, 10 minutes ou le temps d’une petite tâche. 

Le critère de réussite doit être ajusté à ce que l’élève est réellement capable de mobiliser à ce moment-là.

Fonctions exécutives et autonomie

Les fonctions exécutives sont souvent extrêmement coûteuses pour certains élèves, notamment ceux qui présentent un TDAH ou d’importantes difficultés d’organisationSe mettre au travail, préparer son matériel, suivre des étapes dans l’ordre, penser à vérifier son travail, demander de l’aide au bon moment ou utiliser une fiche d’aide sont autant de compétences qui peuvent paraître évidentes à l’adulte mais qui ne le sont pas pour tous les enfants. Ces réussites méritent donc d’être reconnues comme de véritables progrès.

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Impulsivité et inhibition

Pour certains élèves très impulsifs ou au comportement parfois « éruptif », une série spécifique est particulièrement utile. Attendre son tour, lever la main, laisser un camarade terminer, réfléchir avant d’agir, rester assis jusqu’au signal ou réussir à s’arrêter lorsqu’un adulte le demande sont de véritables compétences d’inhibition. Là encore, on ne félicite pas une personnalité. 

On valorise un comportement précis qui a été rendu possible.

Régulation émotionnelle

C’est probablement l’un des domaines dans lesquels la formulation de la carte est la plus importante. Il ne s’agit pas de féliciter un enfant parce qu’il « ne s’est pas mis en colère ». Il est beaucoup plus intéressant de valoriser la stratégie qu’il a utiliséePar exemple : « Tu as réussi à dire ce que tu ressentais », « Tu as demandé une pause », « Tu as retrouvé ton calme », « Tu as demandé de l’aide au lieu de t’énerver » ou « Tu as réussi à revenir dans l’activité ».

On renforce ainsi progressivement les stratégies de régulation plutôt qu’une simple conformité comportementale.

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Relations avec les autres et compétences sociales

Les cartes peuvent aussi concerner la vie collective : parler gentiment, attendre son tour, proposer son aide, accepter celle d’un camarade, partager du matériel, trouver une solution sans se disputer ou respecter le choix d’un autre. Ces petites réussites sont particulièrement intéressantes parce qu’elles contribuent directement au climat de classe.

Le pot collectif prend alors tout son sens : les progrès individuels deviennent réellement utiles au groupe.

Langage et communication

Cette catégorie peut être très utile pour les élèves qui rencontrent des difficultés de langage, les élèves avec TSA ou ceux qui sont très inhibésOn peut féliciter le fait d’avoir osé prendre la parole, formulé une demande, posé une question, reformulé pour se faire comprendre ou utilisé une phrase complète. Il est également important de ne pas faire de la parole orale la seule modalité de réussite.

Un élève utilisant des pictogrammes, une tablette ou un outil de communication alternative et améliorée doit pouvoir être valorisé de la même manière. Le principe reste le même : on reconnaît l’efficacité de la communication, pas uniquement sa forme.

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Lecture et écriture : ne pas confondre progrès et esthétique

Pour les élèves dysgraphiques, dyslexiques ou très fragiles en lecture-écriture, il faut veiller à ne pas exclure involontairement certains élèves avec des critères trop normatifs. Féliciter systématiquement « une belle écriture », par exemple, peut mettre en difficulté un enfant pour qui le geste graphique reste très coûteux. Il est souvent plus pertinent de valoriser : « Tu as pris soin de ton travail », « Tu as écrit ce que tu pouvais », « Tu as utilisé ton outil pour écrire », « Tu as bien relu ton travail » ou « Tu as réussi à expliquer ce que tu as compris ».

L’élève est ainsi reconnu pour son engagement, ses stratégies et ses progrès.

Transitions et cadre scolaire

Les temps de transition sont souvent particulièrement difficiles pour certains élèves avec TSA, TDAH ou comportements opposants.

Changer d’activité, revenir en classe calmement, s’installer, respecter un signal, ranger au bon moment, accepter une modification ou suivre un emploi du temps sont autant de compétences qui peuvent être travaillées explicitement. Là encore, la carte permet de rendre visible une réussite qui passerait facilement inaperçue.

Tolérance à l’erreur et persévérance

Cette dernière catégorie peut concerner tous les élèves. Accepter de se tromper, essayer une autre stratégie, recommencer, corriger une erreur, continuer malgré la difficulté ou demander une explication sont des attitudes essentielles pour apprendre.

On peut aussi valoriser le fait qu’un élève ait réalisé le même exercice que les autres, mais avec une modalité adaptéeCette formulation est importante : elle permet de rappeler que l’adaptation ne signifie pas une tâche « au rabais », mais une autre manière d’accéder au même apprentissage. Ex : un élève peut dessiner ce qu’il a compris, au lieu d’écrire.

Pour obtenir les cartes de récompenses :

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Pourquoi ce pot peut réellement fédérer la classe ?

Le pot n’est donc plus rempli par des étoiles interchangeables. Chaque carte déposée représente un progrès réelPour certains élèves, ce sera un progrès scolaire, pour d’autres, ce sera un progrès attentionnel, émotionnel, social ou organisationnel. Mais tous contribuent au même objectif collectif.

C’est ce qui me semble particulièrement intéressant : l’élève à besoin particulier n’est pas placé à côté du groupe, il participe pleinement à la réussite du groupeIl peut même arriver que ce soit son progrès qui permette à la classe de franchir le dernier palier. La différence devient alors une contribution, et non un écart à la norme.

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Que gagne la classe lorsque le pot est rempli ?

Je privilégierais des privilèges collectifs, simples et compatibles avec le cadre scolaire, sans modifier les obligations réglementaires ni réduire les temps d’apprentissageIl vaut donc mieux éviter, par exemple, de promettre une récréation prolongée : la durée des récréations relève de l’organisation scolaire et ne doit pas devenir une récompense.

En revanche, la classe peut gagner :

  • un temps de lecture offerte choisi par les élèves 
  • une histoire supplémentaire lue par l’enseignant 
  • un jeu collectif de 10 à 15 minutes 
  • un temps de jeux mathématiques ou de jeux de langage 
  • une séance courte de dessin libre (utile en vue de l’écriture pour dégourdir les doigts et le poignet)
  • un « quart d’heure créatif » (surtout en période de fête de Noël ou autre fête calendaire)
  • un temps de construction avec du matériel de classe 
  • un défi collectif 
  • une séance de musique ou d’écoute choisie par la classe 
  • une activité artistique exceptionnelle 
  • un temps de lecture libre installé autrement dans la classe 
  • le droit de choisir parmi plusieurs activités proposées par l’enseignant 
  • une séance de travail en extérieur lorsque les conditions et l’organisation le permettent 
  • une activité coopérative spéciale 
  • un petit temps de danse ou d’activité physique en classe 
  • un « moment surprise » préparé par l’enseignant.

L’objectif n’est pas de créer une surenchère de récompensesLe privilège doit rester secondaire. Ce qui doit progressivement devenir valorisant, c’est le fait de constater :  J’ai progressé et mon progrès a compté pour ma classe.  C’est sans doute là que ce dispositif prend le plus de sens.

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Sylvie Hanot, CPC, Cafipemf généraliste et LVE

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